Je suis né en 1988 à Saint-Hyacinthe, sur la rive sud de Montréal. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été un enfant profondément créatif. J’étais souvent seul, plongé dans mon univers, dans cette bulle où l’imagination occupait une place immense. Je passais des heures à dessiner, à bricoler et à construire des mondes imaginaires. Créer était une façon naturelle de m’exprimer, mais aussi, je crois, une façon de m’évader de la réalité à ma manière.
Cette créativité a pris une direction inattendue lorsque j’avais 10 ans.
Un jour, j’ai découvert la vieille machine à coudre Singer de ma mère, rangée sous les escaliers du sous-sol familial. Dès que je l’ai vue, quelque chose a capté mon attention. J’ai immédiatement ressenti une curiosité pour cette machine et pour tout ce qu’elle permettait de créer.
À cette époque, Pokémon était partout. Comme beaucoup d’enfants de ma génération, j’étais fasciné par cet univers. J’ai alors commencé à confectionner des toutous Pokémon. Je passais mon temps à analyser les personnages, à essayer de comprendre leurs formes et à les recréer avec les moyens que j’avais. Je ne réalisais pas encore que cette découverte allait marquer le début d’une relation durable avec la couture.
Malheureusement, cette passion n’était pas toujours bien accueillie.
À l’école, la couture n’était pas considérée comme un loisir habituel pour un jeune garçon. J’ai vécu beaucoup d’intimidation à cause de cela. À l’époque, je ne comprenais pas vraiment pourquoi cette activité qui me rendait heureux pouvait susciter autant de réactions négatives autour de moi.
Avec les années, cette pression a fini par avoir un impact.
À l’adolescence, j’ai complètement abandonné la couture. J’ai commencé à jouer de la guitare électrique, à faire du skateboard, à orienter ma créativité vers des activités qui me permettaient de canaliser ma créativité tout en m’intégrant un peu mieux socialement. D’une certaine façon, j’essayais de me conformer davantage aux standards de l’époque afin de trouver ma place.
Mais malgré tous ces changements, quelque chose manquait.
À 19 ans, j’ai eu une importante remise en question. Je me suis rendu compte que je n’aimais pas les fréquentations qui m’entouraient, que je n’aimais pas la direction que prenait ma vie et que je ne me reconnaissais pas dans ce que je faisais, dans ce que je disais ni dans les valeurs que je représentais. J’ai alors pris une décision qui allait changer le reste de mon parcours : arrêter tout ce qui me rendait malheureux et retourner vers ce qui m’avait toujours animé.
Je suis revenu à la couture.
Pour moi, ce retour représentait beaucoup plus qu’un simple changement d’activité. C’était une façon de retrouver ma passion, de retrouver l’enfant que j’avais été et d’essayer de faire la paix avec lui. Pour la première fois depuis longtemps, j’avais l’impression de revenir à quelque chose de profondément authentique.
Le 13 mars 2008, à l’âge de 19 ans, j’ai lancé ma première marque de vêtements.
Depuis ce jour, l’aventure entrepreneuriale a été remplie de hauts et de bas. Comme tout parcours créatif, elle a comporté son lot de défis, d’incertitudes et d’apprentissages. Mais au-delà de tout cela, elle m’a offert des opportunités extraordinaires.
Au fil des années, j’ai eu la chance de rencontrer et de collaborer avec des personnes incroyables. Des artistes, des musiciens et de nombreux créateurs ont croisé ma route. Ces rencontres ont contribué à façonner mon parcours autant que mon travail.
Si je regarde en arrière aujourd’hui, je réalise que la couture m’a permis de retrouver une partie essentielle de moi-même. Ce qui avait commencé par une vieille machine à coudre découverte sous un escalier est devenu une aventure qui dure depuis maintenant plusieurs années.
Et parmi toutes les choses que cette aventure m’a apportées, ce sont les humains rencontrés en chemin qui occupent la place la plus précieuse.
Pouvoir créer, apprendre, collaborer et évoluer entouré de personnes passionnées demeure, encore aujourd’hui, l’un des plus grands privilèges de ma vie.
C’est ce qui me rend profondément heureux et reconnaissant de continuer ce parcours, un vêtement à la fois.
g.
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